Retour à Lemberg de Philippe Sands

Les archives de Lemberg. (Lviv)

Philippe Sands
Retour à Lemberg Traducteur : Astrid von Busekist
Invité à donner une conférence en Ukraine dans la ville de Lviv, autrefois Lemberg, Philippe Sands, avocat international réputé, découvre une série de coïncidences historiques qui le conduiront de Lemberg à Nuremberg, des secrets de sa famille à l’histoire universelle.
C’est à Lemberg que Leon Buchholz, son grand-père, passe son enfance avant de fuir, échappant ainsi à l’Holocauste qui décima sa famille ; c’est là que Hersch Lauterpacht et Raphael Lemkin, deux juristes juifs qui jouèrent un rôle déterminant lors du procès de Nuremberg et auxquels nous devons les concepts de « crime contre l’humanité » et de « génocide », étudient le droit dans l’entre-deux guerres. C’est là enfin que Hans Frank, haut dignitaire nazi, annonce, en 1942, alors qu’il est Gouverneur général de Pologne, la mise en place de la « Solution finale » qui condamna à la mort des millions de Juifs. Parmi eux, les familles Lauterpacht, Lemkin et Buchholz.
Philippe Sands transcende les genres dans cet extraordinaire témoignage où s’entrecroisent enquête palpitante et méditation profonde sur le pouvoir de la mémoire.

l’ancien quartier juif, certainement l’emplacement du ghetto. Au fond, le mémorial des victimes de la shoah

Trois avocats, à Nuremberg en 1945. Hans Frank, ex-avocat personnel d’Hitler, connu sous le nom de « Boucher de Pologne », est jugé pour le meurtre de trois millions de Juifs et de Polonais. Raphaël Lemkin, conseiller des procureurs américains, défend la protection des groupes et le concept de « génocide », terme qu’il a inventé. Hersch Lauterpacht, membre de l’équipe britannique chargée des poursuites, plaide pour la protection des individus et le concept de « crime contre l’Humanité ».              
Quand le procès démarre, ni Lauterpacht ni Lemkin ne connaissent le sort de leurs propres familles. Au cours des recherches qu’il effectue pour son livre, Philippe Sands note une coïncidence frappante : Lauterpacht et Frank, pendant le procès, écoutaient en boucle la même œuvre musicale : la Passion selon Saint-Matthieu de Jean-Sébastien Bach. « Il est extraordinaire que deux hommes assis de part et d’autre du tribunal trouvent du réconfort dans le même espace musical » raconte-t-il. Chacun des deux hommes contemplait un tournant de sa vie : Frank attendait le jugement pour son rôle terrible dans les atrocités commises en Pologne et une possible condamnation à mort ; Lauterpacht venait d’apprendre le meurtre de toute sa famille par l’homme qu’il poursuivait. En fait, les trois hommes étaient profondément passionnés de musique et, si la Passion selon Saint-Matthieu a pris une place centrale dans notre spectacle, ce n’est que l’une des références musicales de la sélection du basse-baryton Laurent Naouri : liée aux vies des trois hommes, celle-ci fait partie intégrante du spectacle et nous plonge au cœur des récits tout en nous procurant des moments de réconfort.              
Pour la mise en scène de Retour à Lemberg : un chant du bien et du mal, nous avons rassemblé un groupe d’artistes venant de France, d’Allemagne, des États-Unis et d’Angleterre ; nous avons donné ce spectacle dans le monde entier et pour chaque public venu assister aux diverses représentations, la pièce a résonné différemment. Nina Brazier et Philippe Sands

Cet ouvrage montre de façon passionnante l’élaboration du droit: le concept juridique de « génocide » et de « crime contre l’humanité ». Il déroule le procès de Nuremberg et les conséquences sur le droit international de ces deux concepts.